On parle peu des piliers ... et les piliers parlent peu. Et pourtant, s'ils le voulaient, ils nous en livreraient des secrets, ils nous en dévoileraient des combines, ils nous en raconteraient des histoires. Benoît Bérilhe n'échappe pas à la règle: il est discret, presque timide, réservé. Vous ne saurez donc rien de la "petite histoire du rugby" mais vous en connaitrez davantage sur les caractéristiques de son poste, sur les progrès effectués par le pack dacquois et il vous donnera son sentiment sur la rencontre de dimanche.
"Faites-nous confiance !"
Depuis 20 ans maintenant (il a commencé à jouer à l'âge de 7 ans) Benoît Bérilhe joue à l'USD, pour l'USD. Et contrairement à ce que tout le monde peut penser, il n'a pas seulement joué au poste de pilier. "J'ai commencé à jouer centre en Cadet, puis je me suis rapproché petit à petit du front ayant joué 3e ligne, puis talonneur et enfin pilier depuis les Juniors." Ne croyez pas que l'on s'improvise pilier comme ça, au petit matin. "C'est un poste ingrat,qui demande beaucoup de sacrifices, très technique. En rugby il y a toujours le combat avec l'adversaire mais là, en plus, il y un combat face à un adversaire direct." C'est un poste où il faut se remettre en question à chaque match: "le début de match est un moment important. Après deux ou trois mêlées, je peux voir comment cela peut se passer pendant tout le match. Mais chaque mêlée est un combat qui recommence et il faut rester concentré tout le temps sur cette phase de jeu. Il y a une grosse partie individuelle mais le collectif joue un grand rôle."
Top16 ou ProD2 la mêlée joue un rôle capital mais quelle différence y a-t-il entre les mêlées de ces deux divisions ? "En Prod2 on tombe sur de sacrés clients et cette année j'en ai rencontré de très bons. Mais je trouve que c'était beaucoup plus dur l'année dernière car on rencontrait des collectifs beaucoup plus lourds, des gros packs qu'il était difficile de bouger surtout qu'on était un peu léger. Cette année ce sont plutôt des individualités et on a un collectif plus performant."
C'est vrai que le pack dacquois s'améliore de matches en matches. La mêlée et la touche sont plus performante. A quoi est dûe cette amélioration ? "Au travail qui a entrainé une meilleure cohésion". Le secteur qui a été le plus travaillé ? "C'est la touche qui était le secteur le plus faible en début de saison. La coordination lanceur-sauteur a été privilégiée et la mise en place de nouvelles tactiques et d'automatismes a permis de mieux poser notre jeu dans ce secteur. Mais nous n'avons pas abandonné la mêlée qui doit être un travail constant."
La touche, la mêlée, le pack voilà des "points de rencontre" pour les joueurs dimanche. Est-ce là que se situera le coeur du débat ? "Il est évident que le match risque de se jouer devant. Brive a montré un peu la voie avec ce jour là une mêlée qui a fait souffrir son adversaire. Dominant en conquête ils avaient perturbé les Tyrossais. Si on ne prend pas l'ascendant devant on ne pourra rien espérer: ils ont un pack assez mobile, ils ont l'air bien en mêlée, forts en touche avec une très bonne 3ème ligne. Si on ne les perturbe pas devant, je crois que l'on ne gagnera pas."
A défaut de représenter réellement la "finale du championnat des Landes" cette rencontre agite toute la côte sud et fait remonter à la surface les (beaux ?) souvenirs des derbys d'antan. Excepté Rudolf Bérek qui sera sur le terrain le seul joueur ayant disputé le dernier match de championnat contre Tyrosse il y a 10 ans, que représente ce match pour les "Dacquois". "Nous on descend du Top16 alors on sait que la passion tyrossaise est encore plus intense. Côté joueurs, certains sont plus motivés que d'autres par rapport à ce match, notamment les Landais. Il faut vraiment être du cru pour ressentir ce que peut représenter ce match."
Si les joueurs sont occupés par d'autres préparatifs "professionnels" les supporters eux attendent de part et d'autre de pied ferme cette rencontre. Chacun croit évidemment aux chances de son équipe. Mais qu'est ce qui peut nous rassurer, nous mettre en confiance, nous laisser espérer la victoire dimanche ? "On s'est bien préparé, sérieusement, comme on le fait pour d'autres matches. On y va bien sûr avec l'intention de faire un résultat, un gros match. On y va avec l'intention de gagner. Dans le cas contraire on risque d'en entendre parler pendant des années. Faudra pas louper l'entâme du match et commencer à 150%. Le moral est bon. L'équipe se sent bien. Il y a une bonne solidarité entre nous. On a tout ce qu'il faut pour réussir mais il ne faut pas oublier qu'il y aura deux équipes sur le terrain".
Daniel Sallenave
Propos recueillis par téléphone le 13 décembre 2002