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Jean-Marie Bisaro : "Le projet proposé ne m'a pas convaincu."

Avant de quitter Dax, Jean-Marie Bisaro, le capitaine dacquois, a bien voulu faire le point sur la saison passé, sur son départ et sur l'avenir de l'USD.

Jean-Marie Bisaro : "Le projet proposé ne m'a pas convaincu."

.......... Lorsqu'on évoque avec Jean-Marie Bisaro cette fin de saison, on sent une lassitude, une fatigue qui résument à elle seule les difficultés rencontrées. Au moment de porter un jugement sur la saison il est naturel de lui demander d'abord de faire un bilan personnel de la situation. Il met de suite en avant les cotés positifs: "J'ai pu enfin faire une saison quasi complète n'ayant presque pas eu de blessures et j'ai pu ainsi être présent et jouer pratiquement toute l'année. Et surtout on m'a donné à un certain moment les "clés du camion" en me nommant capitaine. C'est un poste que j'ai apprécié car j'aime avoir des responsabilités et gérer un coté humain et relationnel". Côté négatif il ne néglige pas le fait que cette saison est aussi une grande "frustration". Malgré "les efforts et une envie de vouloir bien faire" les résultats ont loin d'avoir été à la hauteur. Alors, à qui la faute ? "La faute en incombe bien sur aux compétiteurs, aux joueurs mais j'y rattacherai également quelques éléments extérieurs à l'équipe. C'est-à-dire que l'investissement total des joueurs ne peut se faire que si il y a aussi un investissement total du Club, du public, de l'encadrement. Par moment nous avons manqué de repères dans notre vie de sportif de haut niveau".

.......... Et pourtant, lui, comme Fred Larrieu, n'ont cessé d'insister sur le groupe, son esprit de corps, sa solidité. Comment peut-il expliquer alors certaines défaites comme devant Montauban (à Dax) ou devant Castres en play-down? "Pour avoir partagé quelques moments avec des supporters je sais qu'ils ont été très déçus et qu'ils ne se reconnaissaient pas dans cette équipe qui a certains moment pouvait produire un jeu intéressant et qui laissait soudain tout tomber et était capable de prendre un "valse" et être complètement démobilisée contre Montauban par exemple. Je n'ai pas de véritable explication mais il est indéniable que nous avons eu un problème d'effectif. Pour les dirigeants cette équipe devait être aussi compétitive, si ce n'est plus, que celle de l'année précédente mais soit le niveau a changé soit il y a eu quelques erreurs stratégiques de recrutement et il n'a pas été structuré comme les années précédentes. Il a fallu aller chercher deux piliers en cours de saison par exemple. Mais il est vrai aussi que la faute en incombe aux joueurs eux-mêmes: une équipe est faite d'individualités et peut-être, que pour des raisons diverses, nous n'avons pas été tous ensemble regardé dans la même direction au même moment". Là, ne comptez pas sur lui pour aller accuser ici tel ou tel joueur. En tant que capitaine il est solidaire des ses camarades et assume, avec eux, sa part de responsabilité. Pourtant Frédéric Larrieu, plébiscité par les joueurs, aurait dû amener le déclic nécessaire à l'équipe, mais ce déclic attendu n'a jamais vraiment eu lieu. "Si on parle en terme de résultat, effectivement, il n'y a pas eu de grande différence. Par contre pour le groupe, à l'intérieur du groupe, il y a eu un profond changement. La communication, les échanges, le discours est parfaitement, idéalement passé. L'approche des matches a été très différente et il me semble qu'un spectateur averti a pu comprendre et s'apercevoir de ces changements et de la modification de la physionomie des matches. Il est difficile de modifier les comportements et les habitudes des individus en peu de temps. C'est un travail de longue haleine. Ils (les entraîneurs) ont fait le maximum avec leurs moyens. Peut-être que si ils avaient fait la saison entière l'issue aurait été différente".

.......... La saison est terminée. La plupart de l'effectif a déjà pris des décisions. Certains partent: Peyron, Laharrague, Petitgiani, Troader, Dourthe, Fauqué, Sverzut. D'autres restent: Bérek, Tanir, Porreca, Queirolo. Mais pourquoi le Capitaine nous quitte-t-il ? "J'ai encore envie d'évoluer et d'évoluer au plus haut niveau. Mon contrat avec Dax n'allait pas être renouvelé. J'ai demandé au Président de me proposer un salaire et un projet sportif qui pourrait me séduire pour "rempiler". Le projet proposé ne m'a pas convaincu financièrement et surtout sportivement c'est-à-dire sur l'ambition du Club de vouloir réellement jouer les premiers rôles en Pro D2". Jean-Marie Bisaro évoque ici les clubs de Brive, Grenoble, Mont de Marsan ou Bayonne qui ont, même en D2, conservé une structure encore professionnelle ou semi-professionnelle. Les ambitions affichées pour la nouvelle saison (jouer les premiers rôles) ne sont pas compatibles avec les moyens mis en place: "entraînements après une journée de travail, ne pas avoir de préparateur physique, mettre sur un pied d'égalité salariale les joueurs" ne lui semblent pas un bon modèle pour atteindre cet objectif. Il avoue sincèrement que si on lui avait proposé un projet sportif et social ambitieux il n'aurait peut-être pas donné immédiatement son accord mais au moins il aurait "pris le temps de l'étudier et d'y réfléchir". Et il ajoute: "c'est vrai que j'aurai préféré qu'on puisse s'asseoir tous autour d'une table (joueurs, dirigeants et partenaires) et que l'on puisse définir un projet commun sur la durée, à court ou moyen terme, en mettant en oeuvre les moyens adaptés aux décisions. Mais je comprend aussi que le Club doit faire avec ses moyens". Il cite l'exemple de Montauban qui avec un budget quasiment identique a assuré son maintien dans l'Elite (1er de la poule de play-down) sans vraiment briller, sans vedette mais avec du coeur, de l'envie, un public et surtout "un passé vécu par une équipe qui a affronté, solidaire, la descente et la remontée". Même remarque pour Mont de Marsan qui a su se créer un environnement structuré et compétitif. C'est un peu cela qu'il souhaitait comme projet pour l'USD.

.......... Jean-Marie Bisaro s'en ira donc. Mais où ? Discret sur le sujet il évoquera tout de même des contacts avec deux clubs français (au Nord ou à l'Est de Dax et qui faisaient partie de la poule de play-down) et un club gallois entrainé par John Conolly. Il reste aussi discret sur l'avenir de l'USD. Il y a de nombreux amis et "compte beaucoup sur les joueurs qui restent pour redonner de l'élan à l'équipe". Il les croit "capable de rivaliser avec les meilleures équipes de la Pro D2" et les encourage à "ne pas baisser les bras". Mais on sent dans ses propos qu'il s'agit plus d'un souhait qu'une réflexion positive basée sur des faits et une réalité. Il regrette que Frédéric Larrieu et Bruno Roumégous n'aient pu continuer leur aventure avec l'équipe dacquoise. Il ne connait pas les futurs entraîneurs dacquois (Dezès et Harran) mais exprime quelques craintes sur le fait "qu'ils risquent de manquer de repères n'ayant jamais (comme entraîneurs) évolué en Elite".

.......... Contrairement à ce que l'on pourrait penser à la lecture de cet entretien ce n'est pas un joueur, abattu, triste, blessé ou malheureux qui quitte Dax. "Bien sûr je suis déçu par cette saison, par ces résultats. Elle a été difficile mais je l'ai vécue pleinement même si j'ai été le capitaine d'une équipe qui prenait l'eau. J'ai passé 3 bonnes années à Dax et je garderai le souvenir d'une belle région et des amis comme Rudolph Bérek, Thierry Réchou ou Sébastien Fauqué avec lesquels j'ai eu beaucoup de bons et mauvais moments à partager".

.......... Avant d'en terminer il a bien voulu donner son sentiment sur l'actualité rugbystique de la semaine, à savoir les demi-finales et faire un pronostic pour la finale entre Biarritz et Agen. A son avis ce sont les équipes "les plus constantes dans la saison" qui arrivent en finale. S'il regrette l'échec de Toulouse, où il a de nombreux amis avec lesquels il partage leur déception, il est admiratif devant la performance des Biarrots. Quant au pronostic pour la finale Jean-Marie Bisaro deviendra soit riche: "Si je devais miser de l'argent, je jouerai Biarritz" soit comblé affectivement: "par amitié pour certains joueurs j'aimerai bien qu' Agen gagne." Il évoque cela comme une récompense et "une revanche" par rapport aux difficultés rencontrées par ce Club cette année (épisode Bouclier européen) et les années précédentes (difficultés financières). "Compte-tenu de leur situation actuelle je les sens indestructibles".

Daniel Sallenave
usdax.net
(Propos recueillis par téléphone le 3 juin 2002) 
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