Pro D2 - "Il y a de la colère, de la déception, mais pas de jugement" confie Vincent Etcheto après les points retirés à l’US Dax
Après la nouvelle sanction à l’encontre de l’US Dax, qui a donc perdu un total de quatorze points depuis le début de la saison, le manager du club landais, Vincent Etcheto, a raconté comment il tenterait, avec ses joueurs, de remonter la pente.
Comment avez-vous accueilli ce nouveau retrait de points ?
Je pensais qu’on allait en prendre un ou deux, comme les autres. Je ne m’attendais pas à ce coup de foudre avec neuf points. Même s’il y avait du sursis, on ne maîtrisait pas tout, on ne savait pas tout. J’avais eu des discussions avec le président, il n’était pas très optimiste, mais je ne pensais pas qu’on prendrait une rafale comme ça. Ça fait mal, mais ce matin, j’ai dit aux joueurs que dans la vie, la seule chose que l’on maîtrisait, c’était sa réaction. L’aspect financier ou administratif on ne le maîtrise pas. Il faut qu’on continue à bien bosser. Le coup au moral, tu le prends, c’est sûr, mais il y en a eu d’autres. Je le répète : nous sommes payés tous les mois, nous recevons nos salaires. Il faut honorer notre contrat. Dax est un club historique, nous avons des supporters derrière nous. Ils sont bienveillants, les partenaires sont là, donc nous n’avons pas le droit de lâcher. Le président préside, les entraîneurs entraînent et les joueurs jouent. Il faut trouver, dans ces paroles de sage, ou la petite bête, ou la personne qui n’a pas fait son boulot. C’est tout.
Comment était l’ambiance au club, mardi matin ?
Sans trahir de secret, on s’est retrouvés avec Benoît August et le staff à parler aux joueurs, leur expliquer notre ressenti. Pas la situation, parce qu’on ne la connaît pas assez bien pour leur expliquer. Ce sera aux dirigeants et au président de leur expliquer tous les détails. On a juste dit comment on pouvait réagir ou les aider. On leur a aussi dit que les neuf points de retrait ne remettaient pas en cause nos prestations ou notre travail. Il ne faut pas que ce soit une double punition. On prend une punition comptable. Depuis le début de la saison, on a gagné deux matchs avec bonus offensifs. Ils sont annulés par cette décision. Il faudra aller en chercher d’autres. C’est tout. Que voulez-vous que je vous dise de plus ?
Au niveau managérial, quels sont les ressorts que vous comptez activer ? Celui d’un groupe seul contre tous ?
Non, car nous ne sommes pas seuls contre tous. Nous avons des supporters avec nous. Des personnes, comme ceux qu’on a battus, doivent s’en réjouir et ça me ferait chier de faire plaisir aux cons. Ce qui me fait chier, aussi, c’est que je connais comment fonctionnent certains clubs. Ça m’agace qu’on se fasse prendre. On a la plus petite masse salariale de Pro D2. Je connais la moyenne des salaires de nos joueurs, je connais le mien. Il n’y a pas d’excès. Dax n’est pas un club qui vit au-dessus de ses moyens. Qu’il y ait eu des erreurs comptables, d’accord, mais que ce soit le sportif qui en pâtisse… On n’a pas recruté de stars, on n’a pas cassé la tirelire. C’est ce qui est chiant. J’ai rappelé aux joueurs qu’on était payés, qu’on avait un contrat, qu’on prenait du plaisir. Nous sommes heureux ensemble, nous travaillons bien, et nous allons repartir. C’est un peu le mythe de Sisyphe. Tu fais rouler ta pierre ronde jusqu’au sommet de la montagne, et une fois en haut, tu redescends et tu dois la remonter. C’est comme ça qu’on doit le prendre, c’est notre punition et j’espère qu’on arrivera à immobiliser le gros caillou en haut de la montagne.
Vos récentes prestations, votre position de non-relégable et les quatre victoires lors des cinq dernières journées vous confortent-elles dans l’idée que le maintien est toujours envisageable ?
Mais sportivement, depuis le début, je ne suis pas inquiet ! Je le répète à tout le monde. On me prenait pour un débile, un escroc, mais je sais comment on travaille. Je sais la qualité du groupe, du staff, des joueurs. Nous n’avons pas volé nos résultats ! On perd 14 points et on se fait escroquer à Aurillac. Normalement, on devrait être huitièmes. C’est comme ça, on fait avec. Je n’y peux rien. Je connaissais la situation du club avant d’arriver, je savais que c’était tendu, difficile. On a accepté de partir avec – 5. On a joué le jeu, on a remonté la pente. On repart avec – 9, mais on va continuer à jouer le jeu. Je ne fais que le répéter, mais je suis heureux dans ce club, où j’ai rencontré des gens bien. Je prends du plaisir, ça n’a pas été le cas sur ma dernière expérience à Montpellier et sur les deux dernières années à Angoulême, où il y avait des clans, c’était la magouille en permanence. Ici, c’est clair et net, à part qu’administrativement des erreurs ont été commises financièrement. Je ne suis pas expert comptable ou commissaire aux comptes. Je ne peux pas en juger. Le président préside. A-t-il bien présidé ? Je n’en sais rien. Les entraîneurs entraînent, les joueurs jouent.
Avez-vous été rassurés par la prise de parole des actionnaires historiques, mardi matin ?
Oui, mais franchement, il n’y a pas de panique. On voit les conditions dans lesquelles on travaille. Quand tu es salarié et que tu es payé tous les mois, c’est déjà rassurant. Les anciens nous ont rassurés. Dax est un club historique, les anciens présidents, Philippe Jacquemain, Claude Dourthe sont importants, ils ont compté pour ce club. J’ai une pensée pour Jean-Louis Bérot qui, dans cette situation difficile, aurait été là aujourd’hui. Je sais que c’est un club qui a des valeurs. Je n’étais pas plus inquiet que ça. Les joueurs connaissent les actionnaires avec les années passées en Nationale. Je pense que ça leur a fait du bien de voir que le club était loin d’être laissé à l’abandon.
Les joueurs ont pris la parole mardi, dans un communiqué. Sont-ils remontés contre la direction actuelle ?
Mais moi aussi, je suis en colère. On te dit que tout va bien, qu’on ne risque rien et à l’arrivée, tu prends neuf points. Il y a de la colère et de la déception, mais pas de jugement, parce que je ne peux pas incriminer qui que ce soit. Je ne connais pas la compétence des gens dans leurs domaines. Nous, les entraîneurs, sommes jugés. Les gens ne connaissent pas notre compétence, mais nous sommes exposés, parce qu’un match se voit. Les supporters peuvent te critiquer sur une façon de jouer, sur des comportements. Un président, des administrateurs, ça travaille dans l’ombre. On ne les voit pas. Si ça marche, c’est normal. Si ça ne marche pas, on leur tombe dessus. Est-ce qu’ils ont bien fait leur boulot ? Je n’en sais rien. Je ne peux pas en parler. Une commission d’experts a jugé que c’était mal fait. Ça a dû être très mal fait par rapport aux autres, vu ce qu’on prend. Bien sûr qu’il y a de la colère et de la déception, parce que quand je m’engage dans un truc, je ne suis pas méfiant. Je suis juste un entraîneur. Ma compétence, c’est le sportif. Je dois m’intéresser à ça. Je n’ai pas à m’ingérer dans ce qu’il se passe, je ne l’ai jamais fait. Quand un entraîneur ne fait pas le boulot, il se fait virer. C’est aussi simple que ça (en début de semaine, le directeur général a été remercié, N.D.L.R.).
Les joueurs, qui menacent de faire grève, seront-ils sur la pelouse vendredi soir ?
Vous leur demanderez. Moi, en tout cas, je prends le bus.
Quel sera le mot d’ordre avant d’affronter Grenoble ?
On sera dans une opération pour récupérer des points. C’est ce qu’on a fait depuis le début de la saison et on continue. J’avais dit qu’on ne ferait aucune impasse, c’est un match de plus. Il y a deux jours, on allait là-bas avec trois points de retard sur eux, alors que Grenoble a régné sur le Pro D2 pendant trois ans. En cas de victoire, on aurait pu leur passer devant. Là, on y va avec l’intention de lutter comptablement avec une équipe qui devrait être à notre hauteur.
Source Rugbyrama